Ce texte a été écrit à l'occasion des XVèmes entretiens Jacques Cartier du 9 au 15 décembre 2002 à Lyon

Les artistes s'invitent aux jardins

Le festival entre cour et jardins propose à des artistes du spectacle d'utiliser des jardins comme espaces scénographiques. Ce projet fait suite à une première expérience, des artistes dans le jardin , menée par l'association Grand Public avec cinq plasticiens dans les jardins de Barbirey entre 1995 et 2000.
L'objectif commun de ces interventions est de développer des projets permettant la mise en valeur des uns par les autres, d'inventer un nouveau contexte de création.
La conjonction entre l'engouement d'un large public pour les jardins et la recherche de nouveau lieux par les artistes et les producteurs semble légitimer d'emblée le projet fondateur du festival.

Les artistes dans le jardin

Dans les jardins de Barbirey-sur-Ouche, des artistes dans le jardin nous a permis de définir les rôles des différentes parties prenantes, propriétaire, paysagiste, artistes et producteurs . Il s'agissait de concilier l'identité initiale des lieux avec les oeuvres des plasticiens, grâce à quoi les jardins ont été profondément et durablement transformés.
Ce programme a été mené a bien en partant de quelques principes simples, appliqués ensuite aux spectacles, quant à la garantie de l'intégration de chacune des oeuvres aux jardins : l'artiste doit sentir et comprendre les lieux, leur organisation, leur existence en tant qu'oeuvre : cela passe par la rencontre entre artistes et personnes qui font les jardins. Aux commanditaires de s'assurer alors de la bonne compréhension du projet, en particulier lors de la remise d'un cahier des charges à l'artiste et, éventuellement, d'organiser la mise en oeuvre des moyens qui le permettront (documentation, résidence, discussion, remise en cause de premières intentions,...). Les jardins contraignent ainsi la création et permettent en retour l'incorporation de l'oeuvre et son appropriation par l'ensemble des intervenants.

Ces transformations ont comme conséquence évidente, entre autres, de changer notre regard sur les jardins en les modifiant plastiquement. Mais cette métamorphose concerne aussi notre manière de voir et de vivre les jardins : en effet, si un jardin est un lieu de vie, oeuvre vivante qui se découvre en y vivant, tout intervenant est susceptible de transformer cette manière de voir, même si son intervention n'est que momentanée, ponctuelle, ne serait ce qu'en agissant sur notre mémoire. Les spectacles en jardins relèvent de ce principe.


Le producteur

Le travail de producteur de spectacle en jardin consiste alors a faire naître cette prise de conscience chez le concepteur, à l'accompagner ensuite jusqu'à la représentation. Ces objectifs sont d'autant plus facilement atteints que les jardins imposent très rapidement leurs propres règles du jeu, souvent communes avec celle du spectacle vivant, comme le rythme ou l'espace.

Ainsi, la maturation du projet artistique doit nécessairement commencer suffisamment tôt pour que l'artiste vive les temps du jardin et y adapte ceux de son intervention. Que ce soit à travers une saison ou une journée, les jardins commandent des transformations sensorielles qui conditionneront le déroulement du spectacle et sa perception. Un même type de démarche doit être fait avec l'étendue, le parcours, la dimension scénographique des jardins et avec les odeurs, les températures et humidités multiples.
Les sons, par exemple, doivent faire l'objet d'une attention toute particulière : chaque jardin, en tant que lieu clos, a sa propre identité sonore qui, quoiqu'il se passe, sera là le jour de la représentation ; et, situation exceptionnelle, aucune réverbération liée aux quatre murs ne se produit permettant l'obtention de son d'une limpidité rare.
Si le choix des artistes repose sur cette capacité à intégrer le temps et l'espace dans leurs spectacles, la singularité de tels lieux, par leur amplitude, leur vie et leur identité d'oeuvre à part entière, reste pour eux un défi.

Parfois, le fonctionnement des jardins vient contrarié l'idée même de représentation pensée, maîtrisée, comme lorsqu'un épiphénomènes survient – canards qui traversent le champ visuel en rythme et soufflent la vedette aux artistes. La conception du spectacle va obliger à prendre en compte tous les impondérables liés à la nature, tous les micros événements qui se produisent inévitablement et qui devront, si on souhaite faire oeuvre, être pris en compte par le spectacle. Au delà de la simple mise en garde de l'artiste contre ces événements qui risquent de survenir le jour de la représentation, et, en définitive, détruire le spectacle, il s'agit de l'intégrer aux jardins par sa simple présence bien pensée, comme un jardin qui ne peut se comprendre qu'habité.

Le rôle du producteur sera alors celui d'un guide qui incitera l'artiste à s'inviter dans les jardins.


Frédéric Bonnemaison